De nouveaux indicateurs de progrès climatiques montrent que le marché TIER de l’Alberta a évolué régulièrement vers une offre excédentaire plus importante depuis 2020.
Sommaire
- Cette analyse présente le nouveau « Signal de rendement industriel » de 440 mégatonnes, une mesure qui évalue la robustesse du marché du carbone industriel de l’Alberta.
- Le Signal de rendement industriel utilise trois indicateurs prioritaires (équilibre du marché, persistance des crédits et orientation du marché) pour suivre mensuellement le rendement du marché du carbone industriel.
- Ces trois indicateurs témoignent d’une constance : l’excédent d’offre s’est accentué et s’est ancré davantage depuis 2020, bien que le rythme de cette détérioration ait ralenti en 2026.
Suivi des progrès climatiques
Les marchés du carbone fonctionnent mieux lorsqu’ils génèrent une situation de rareté. C’est cette rareté qui confère de la valeur aux crédits carbone et crée l’incitation économique à investir dans des technologies de réduction des émissions.
Le système de tarification du carbone industriel de l’Alberta, connu sous le nom de TIER (Technology Innovation and Emissions Reduction Regulation – Réglementation sur l’innovation technologique et la réduction des émissions), constitue le plus vaste marché du carbone industriel au Canada, couvrant environ un quart des émissions nationales de gaz à effet de serre. Alors que d’importants changements sont en cours, notamment l’Accord de mise en œuvre Canada-Alberta, ainsi que le Protocole d’entente trilatéral conclu avec l’industrie, il est important de comprendre comment le marché lui-même réagit.
Le marché a envoyé un signal clair. Les crédits carbone, qui s’échangeaient à plus de 40 $ la tonne au début de 2026, avant la finalisation de l’accord de mise en œuvre entre le Canada et l’Alberta, se négocient désormais aux alentours de 27 $ la tonne, soit une baisse de plus d’un tiers. Les attentes du marché se sont clairement établies autour d’un prix à terme beaucoup plus bas.
Les modifications apportées récemment à la politique expliquent en partie cette réévaluation des prix. De nouvelles voies de conformité – notamment les crédits pour investissement direct et les subventions au captage, à l’utilisation et au stockage du carbone (CUSC), la réduction de moitié des trajectoires de référence ainsi qu’un prix plancher susceptible de réduire la liquidité du marché – sont autant de facteurs qui tendent à une baisse de la demande future de crédits et à une pression à la baisse sur les prix.
Mais le prix seul ne suffit pas à révéler les changements qui s’opèrent en profondeur, au niveau des fondamentaux du marché.
Cet aperçu présente le Signal de rendement industriel de 440, construit à partir d’une série d’indicateurs de progrès climatiques (IPC) qui mesurent la capacité du marché du carbone industriel de l’Alberta à encourager la réduction des émissions grâce à des investissements technologiques. Le système TIER publie en temps utile des données issues du registre public et relatives à la conformité, ce qui nous permet de suivre le rendement du marché d’une manière qui n’est pas possible actuellement dans d’autres juridictions.
Le Signal de rendement industriel est l’un des cinq que 440 développe dans le cadre d’un nouvel Outil de suivi des progrès climatiques qui sera lancé en novembre.
Trois indicateurs de progrès climatiques
Pour élaborer les IPC, nous combinons les registres publics du carbone de l’Alberta, y compris les crédits de rendement en matière d’émissions et les crédits compensatoires, avec les données déclarées de l’Alberta concernant la demande annuelle de conformité et l’annulation de crédits, afin de suivre l’évolution mensuelle du marché depuis 2020. Les IPC mesurent donc l’évolution réelle de l’offre et de la demande de crédits, plutôt que de modéliser le comportement potentiel du marché.
Le Signal de rendement industriel combine trois indicateurs de progrès climatique liés à TIER, chacun répondant à une question différente pour faire le point sur la direction générale de ce système :
- CPI 1 : Équilibre du marché (ampleur de l’offre excédentaire) : combien d’années de demande liée aux obligations de conformité sont présentes dans la réserve de crédits? L’équilibre du marché compare la taille de la réserve de crédits active à la demande annuelle de conformité. Un ratio de un signifie que la réserve contient suffisamment de crédits pour couvrir une année entière de demande. Un ratio de deux signifie qu’elle en contient suffisamment pour deux ans. À mesure que ce ratio augmente, la valeur de chaque crédit s’érode, car les obligations futures peuvent être satisfaites de plus en plus souvent en utilisant les crédits existants. Plus la réserve de crédits est importante par rapport aux besoins de conformité, plus les signaux incitant les entreprises à réduire leurs émissions ou à acquérir de nouveaux crédits sont faibles. L’équilibre du marché mesure la taille de l’excédent, mais pas ses causes : une offre excédentaire peut résulter de crédits issus de réduction des émissions, de référentiels généreux, d’une faible demande liée à la conformité, ou d’une combinaison de ces trois facteurs.
- CPI 2 : Persistance des crédits (durabilité de l’offre excédentaire) : les crédits sont-ils apurés par la conformité annuelle ou s’accumulent-ils dans les réserves? La persistance des crédits mesure la part des crédits actifs datant de plus de trois ans. Des excédents temporaires sont à prévoir dans le cadre des cycles de conformité habituels. Toutefois, lorsque des crédits subsistent sur plusieurs cycles sans être utilisés, cela indique que l’offre excédentaire perdure au lieu d’être résorbée. Une proportion croissante de crédits anciens signifie que ces derniers ne circulent pas dans le système, ce qui témoigne d’une faible demande.
- CPI 3 : Orientation du marché (évolution de l’équilibre du marché vers une amélioration ou une détérioration) : le marché s’oriente-t-il vers la rareté ou s’en éloigne-t-il? L’orientation du marché mesure l’évolution de l’équilibre du marché d’une année à l’autre, en capturant les variations de l’offre mise en réserve et de la demande liée à la conformité. Une orientation positive indique un resserrement du marché, tandis qu’une orientation négative signale une accentuation de la situation d’offre excédentaire. Si la réserve augmente plus rapidement que la demande, la durée de couverture disponible pour la conformité s’allonge et l’orientation devient négative. Il est important de noter qu’une réserve dont la croissance ralentit peut tout de même entraîner une situation d’offre excédentaire accrue sur le marché si la demande diminue encore plus rapidement. Ainsi, un ralentissement de la croissance de la réserve ne signifie pas nécessairement une amélioration de la situation du marché.
Ensemble, ces IPC fournissent une évaluation indépendante du marché du carbone industriel de l’Alberta et un moyen de suivre l’évolution du rendement du marché au fil du temps.
Ce que les indicateurs nous disent
Les trois indicateurs dressent un tableau cohérent. Le marché du carbone industriel de l’Alberta reste structurellement en situation d’offre excédentaire. La tendance à long terme pointe vers une aggravation de cet excédent et bien que la situation se soit dégradée plus lentement ces derniers temps, les fondamentaux globaux demeurent fragiles dans l’ensemble.
L’indicateur le plus révélateur est celui de l’équilibre du marché. Le volume de crédits en réserve est passé de l’équivalent de moins d’un an de demande liée à la conformité en septembre 2020 à environ 2,6 ans de demande en juillet 2026. Juste avant l’échéance annuelle de conformité de juin 2026, les crédits en réserve représentaient pour la première fois plus de trois ans de demande liée à la conformité.
Même le principal événement annuel de demande du marché, le cycle de conformité de juin et juillet, ne suffit plus à rétablir la rareté. Alors que les données récentes montrent que des millions de crédits sont annulés chaque année, le marché est ressorti de la phase de conformité avec une réserve équivalant à plus de deux ans et demi de demande future.
Cette détérioration de l’équilibre du marché définit la tendance à long terme. Le marché est passé d’une réserve représentant moins d’un an de demande à plus de deux ans et demi aujourd’hui.
L’indicateur de persistance des crédits confirme cette tendance. Près des trois quarts des crédits actifs sont désormais vieux de plus de trois ans, une proportion en forte hausse par rapport à la période initiale, où elle s’élevait à un peu plus de la moitié. Même après avoir reflué par rapport à son pic, la persistance s’est stabilisée à un niveau bien supérieur à son niveau initial.
Conjointement, les indicateurs Équilibre du marché et Persistance des crédits révèlent l’existence d’un excédent important et durable accumulé depuis 2020, plutôt que d’un déséquilibre temporaire lié aux cycles de conformité habituels.
L’équilibre du marché s’est éloigné de la situation de rareté dans chaque année étudiée, bien que le rythme de cette évolution ait considérablement varié. L’orientation du marché s’est dégradée de 16,5 % en 2022 et de 25,2 % en 2023, avant de ralentir pour atteindre 3,6 % en 2026, soit la plus faible dégradation observée dans la série.
Une détérioration plus lente ne signifie pas pour autant une amélioration. Le marché continue d’évoluer vers une situation d’offre excédentaire plus importante, mais à un rythme plus lent. Un véritable resserrement nécessiterait une diminution du nombre d’années de demande de conformité couvertes par la réserve, ce qui ne s’est produit aucune des années étudiées.
Dans l’ensemble, l’analyse indique :
- Situation actuelle (où en sont les choses aujourd’hui) : Offre excédentaire persistante, avec un stock de crédits équivalant à 2,6 ans de demande liée à la conformité et près des trois quarts des crédits actifs datant de plus de trois ans.
- Tendance (évolution de la situation au fil du temps) : L’offre excédentaire s’intensifie, l’équilibre du marché et l’ancienneté des crédits se détériorent sensiblement depuis 2020.
- Rythme (si l’évolution récente est suffisamment rapide pour améliorer la situation) : Détérioration plus lente, l’offre excédentaire augmentant à un rythme inférieur à celui des périodes précédentes.
Ce que nous regarderons
Cette première publication du Signal de rendement industriel établit une base de référence pour suivre le marché du carbone industriel de l’Alberta au fil du temps.
Nous saurons que le marché se resserre lorsque la réserve de crédits commencera à diminuer par rapport à la demande de conformité, réduisant ainsi la durée de couverture assurée par ces crédits, lorsque les crédits plus anciens commenceront à être utilisés plutôt que de rester inutilisés sur plusieurs cycles de conformité et lorsque l’orientation du marché deviendra positive et le restera.
Lorsque ces trois indicateurs commenceront à évoluer de concert, nous aurons la première preuve manifeste d’un retour de la rareté sur le marché du carbone industriel de l’Alberta.
D’ici là, on peut s’attendre à ce que les prix des crédits et les signaux d’investissement restent bas.