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Les services publics au Canada reçoivent bien plus d’énergie propre et abordable qu’ils n’en ont demandé

Les services publics canadiens baignent dans les propositions en électricité propre, ce qui veut dire que les possibilités d’énergie abordable et d’avantages sociaux se multiplient.

Le Canada n’a pas seulement besoin d’électricité propre : il lui en faut plus. S’il se contente de purifier l’approvisionnement existant, le pays ne pourra atteindre sa cible d’émissions de 2030, fixée à 440 mégatonnes, ou avancer concrètement vers la carboneutralité d’ici 2050. Puisque la demande nationale va augmenter considérablement d’ici 2050, il faudra que le Canada double, voire triple, sa capacité de production d’énergie d’ici là.

Dans deux précédentes analyses, nous avons étudié comment les services d’électricité se préparent pour répondre à la hausse de la demande provinciale et aussi quels étaient les projets d’électricité propre. Cette semaine, nous complétons le tableau en examinant ce qui se passe à la phase d’approvisionnement. Cette phase joue un rôle essentiel dans la fixation des prix et de l’offre et permet d’assurer une alimentation en électricité abondante, abordable et fiable.

La bonne nouvelle dans cette analyse, c’est que la concurrence aide les provinces à se fournir en énergie tout en jouissant d’avantages, comme la détention des projets par les Autochtones. Alors qu’une foule de projets d’énergie propre s’annoncent, le marché est prêt à prendre son essor pour un réseau étendu et plus propre.

Offres hautement concurrentielles = électricité propre moins coûteuse pour les services publics

Au Canada, la concurrence dans la nouvelle production d’énergie a fait que l’offre d’approvisionnement dépasse de deux à neuf fois les objectifs. La figure 1 nous montre la partie immergée de l’iceberg, car elle se concentre sur les provinces avec des marchés réglementés et des données de soumissions récentes et transparentes.

De bien des manières, la concurrence est une bonne chose. Elle démontre que les investisseurs ont soif de construire, et elle donne aux services publics la liberté de choisir les offres les plus intéressantes et les projets qui ont une valeur à la fois économique et sociale. Autrement dit, un équilibre est possible entre prix, emplacement et participation des Autochtones, entre autres avantages.

Prenons par exemple le marché réglementé de la Colombie-Britannique, où la société d’État responsable de l’électricité, BC Hydro, fournit la majorité de l’électricité de la province. Pour répondre à une demande plus élevée que prévu, BC Hydro a intensifié l’approvisionnement concurrentiel par les producteurs d’électricité indépendants (PEI) – qui appartiennent généralement à des sociétés ou à d’autres groupes non publics. BC Hydro a lancé deux vagues d’appels d’offres en 2024 et en 2025 : une première en plus de 15 ans. La baisse des prix pour l’énergie éolienne et solaire ainsi que le stockage signifie qu’à l’heure actuelle, il est non seulement plus rapide, mais aussi moins cher d’ajouter des sources d’énergie renouvelables que de bâtir de nouveaux barrages hydroélectriques d’envergure.

En fin de compte, comme les PEI ne manquaient pas de projets potentiels, Hydro BC a décidé de se procurer 3 000 GWh supplémentaires par an. En définitive, l’appel d’offres de 2024 a reçu des propositions qui atteignaient un total de 9 000 GWh, soit le triple de l’objectif. BC Hydro a donc atteint une capacité supérieure de 60 % à ce qui était escompté, ce qui a fait décoller son approvisionnement actuel de 8 %.

Cette concurrence génère également des avantages qui vont bien bien au-delà des prix. Dans son appel d’offres de 2024, BC Hydro a pu non seulement obtenir plus d’électricité propre, mais aussi établir des critères clairs sur la valeur sociale. Pour la première fois, chaque offre devait aussi répondre à une exigence d’admissibilité établissant la part de propriété des Premières Nations à au moins 25 %. Les 10 propositions acceptées dépassaient ce seuil : la prise de participation des Premières Nations était de 49 à 51 %. Le prix moyen pondéré final – qui était ajusté selon des facteurs comme la part de participation, la transmission et l’intégration des coûts pour les Autochtones – était de 74 $ par MWh, soit encore 45 % moins cher qu’au dernier appel d’offres de BC Hydro en 2008, après la prise en compte de l’inflation.

Figure 1

Dans les autres provinces avec de tels services publics détenus par le gouvernement, les appels d’offres concurrentiels continuent de faire de l’œil aux investisseurs, bien que le bouquet d’énergie, les exigences, les délais et les critères varient.

La dernière requête en électricité du Québec, 1 500 MW d’énergie éolienne, date de 2023 et a reçu des propositions qui équivalaient au double de la requête. Tout comme en Colombie-Britannique, le processus d’approvisionnement du Québec ne se cantonnait pas à la valeur économique. Parmi les critères principaux : inclure environ 50 % de part de participation locale, 60 % de contenu québécois et des engagements clairs à cultiver des relations positives avec les communautés autochtones.

En définitive, Hydro-Québec a avoisiné sa cible en contractant pour huit projets, dont six comprenaient des partenariats autochtones, au prix final de 78 $ par MWh.

Un projet similaire est né à la Saskatchewan, où la taille et le type de projets renouvelables ont augmenté et varié d’année en année. Bien qu’il soit difficile d’avoir accès à des données détaillées sur l’approvisionnement de la province, les annonces publiques de SaskPower montrent que la concurrence a progressivement élargi le portefeuille d’énergie renouvelable de la province en ajoutant le solaire à un bouquet énergétique à dominante éolienne.

La Saskatchewan a commencé par de petits projets éoliens au début des années 2000 avec une installation de 11 MW en 2002. Depuis, les projets ont pris de l’ampleur, et la province a fait l’acquisition de quatre installations de 200 MW depuis 2021. Son premier projet solaire était une modeste installation de 10 MW ouverte en 2021. Les projets plus récents sont considérablement plus importants, comme deux installations de 100 MW établies en 2024 et en 2025, ce qui est indicateur d’un robuste soutien en capitaux privés en faveur de l’expansion de l’électricité propre face à la demande grandissante.

Les services publics, peu importe le type de marché, ont également enregistré des appels d’offres concurrentiels plus abordables pour de l’énergie propre

En Nouvelle-Écosse, l’entreprise privée responsable de l’électricité, Nova Scotia Power, a elle aussi vécu l’expérience des appels d’offres qui reçoivent plus de propositions que prévu. En 2022, par approvisionnement fondé sur le tarif, la province cherchait à obtenir 1 100 GWh en énergie éolienne ou solaire pour répondre à la demande croissante de tous les usagers, puis a lancé un programme dénommé Green Choice, réservé aux clients industriels.

L’appel d’offres initial a attiré des propositions qui totalisaient 2 250 GWh – plus du double de l’objectif – à un prix moyen de 52 $ par MWh. Finalement, Nova Scotia Power a choisi quatre projets totalisant 1,165 GWh qui présentaient tous des partenariats autochtones. Le dernier décompte aboutit à environ 11 % de la demande provinciale totale en électricité. Nova Scotia Power estime que les projets choisis feront économiser aux contribuables environ 100 millions de dollars par an dans les 25 prochaines années.

Même en Alberta, où l’approvisionnement fonctionne majoritairement comme un marché ouvert, les appels d’offres concurrentiels ont été testés (en 2017 et en 2018) et ont rencontré un franc succès. Ils ont attiré de nouveaux acteurs et investissements sur le marché de l’énergie albertain, et ils reposaient sur des contrats sur différence. La première vague (2017) visait l’obtention de 400 MW, mais a récolté neuf fois plus en appels d’offres et s’est conclue par un approvisionnement de 600 MW. Les deux vagues suivantes étaient aussi très concurrentielles et ont donné lieu aux prix les plus bas de cette époque en énergie renouvelable. Le prix moyen pondéré de ces projets était de 37 $ par MWh. Au fil du temps, le gouvernement a continué à récolter les avantages de ces contrats : il avait gagné 75,5 millions en 2022. Ces appels d’offres ont montré l’appétit des investisseurs pour la prévisibilité des prix et les avantages potentiels d’une politique d’approvisionnement intelligente.

Des approvisionnements clairs, prévisibles et réguliers permettent d’obtenir de l’énergie propre rapidement et à bas coûts

Il est clair que les capitaux et investissements privés au Canada sont prêts à développer rapidement le réseau pour soutenir une électrification grandissante.

Les services publics provinciaux peuvent accélérer ces investissements grâce à des processus d’approvisionnement intelligents. Par exemple, ils pourraient fixer un niveau d’ambition clair, comme Hydro-Québec, qui prévoit d’investir un maximum de 110 milliards de dollars d’ici 2035. Ils pourraient miser sur des appels d’offres plus fréquents, comme le fait BC Hydro, qui s’engage à faire des appels d’offres en énergie tous les deux ans. Ils pourraient également fournir une certitude des prix, comme le fait l’Alberta avec ses contrats sur différence. De plus, les crédits d’impôt à l’investissement (CII) dans l’économie propre du gouvernement fédéral sont un incitatif financier qui rend les projets d’énergie propre encore plus attractifs pour les capitaux privés.

L’obtention de nouvelles sources d’électricité propre à des prix concurrentiels est importante pour la gestion des coûts dans le système en général et pour des tarifs qui restent abordables pour les clients.

Le véritable obstacle à l’expansion du réseau d’électricité propre au Canada n’est pas le manque de projets : les politiques et la planification pèsent aussi très lourd dans la balance. Beaucoup de provinces font des choix d’approvisionnement intelligents et misent sur les capitaux privés pour se fournir rapidement en électricité propre abordable, sans porter tout le fardeau du risque. Elles peuvent – et devraient – en faire encore plus pour accélérer la cadence et récolter les bienfaits de l’énergie propre et économique.


Nayantara Sudhakar est une associée de recherche à l’Institut climatique du Canada.