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Crédit d'image Des personnes marchent et font du vélo sur la promenade du bord de mer de False Creek alors que la fumée des feux de forêt qui brûlent en Colombie-Britannique et aux États-Unis plane dans l'air, à Vancouver, en Colombie-Britannique, le 3 septembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Darryl Dyck

Les répercussions sur la santé de la nouvelle réalité enfumée du Canada

Une analyse révèle l’émergence d’une nouvelle normalité : la fumée des feux de forêt entraîne des coûts de santé toujours plus élevés.

Grands constats

  • L’air au Canada est de plus en plus enfumé. Une exposition accrue à la fumée des feux de forêt devient la nouvelle norme et fait désormais partie de la réalité estivale.
  • Une exposition prolongée à l’augmentation de la fumée toxique des feux de forêt serait associée à environ 2 500 décès prématurés par année au Canada.
  • Les coûts liés à la fumée des feux de forêt s’est élevé à 231 milliards de dollars — soit une moyenne de 19 milliards de dollars par année — entre 2014 et 2025, une somme attribuable principalement à la mortalité chronique à long terme.
  • Les conséquences des changements climatiques ont déjà un coût pour les Canadiens et Canadiennes et ralentissent l’économie. Les coûts de santé associés à la fumée des feux de forêt aggravent cette situation.

Les étés enfumés font désormais partie du quotidien au Canada. Les alertes à la qualité de l’air, les ordres d’évacuation, les matchs de soccer annulés et le confinement à l’intérieur sont devenus des éléments aussi caractéristiques de la saison que les glaces et les journées à la plage. Ce qui n’était autrefois qu’un problème essentiellement régional est désormais une réalité vécue dans tout le pays.

Notre analyse montre que la fumée est également devenue une préoccupation persistante en matière de santé publique, nuisant à la santé et au bien-être des Canadiens et Canadiennes, ainsi qu’à leurs moyens de subsistance, tout en entraînant chaque année des coûts économiques globaux se chiffrant en milliards de dollars.

Sur la piste de la fumée

Pour estimer les effets de la fumée des feux de forêt sur la santé, nous avons rassemblé plus de dix ans de données de surveillance de la qualité de l’air provenant de centaines de stations de surveillance à travers le Canada, notamment celles du Réseau national de surveillance de la pollution atmosphérique (RNSPA) et des systèmes de surveillance provinciaux.

Les PM2,5 sont des particules fines polluantes associées à un large éventail de problèmes de santé, allant de l’irritation de la gorge et de la toux jusqu’à la mort prématurée. Nous avons rassemblé des données de mesure horaires et quotidiennes des PM2,5, couvrant une période de 12 ans à compter de 2014. Cela nous a permis d’isoler les épisodes de fumée liés aux feux de forêt des niveaux de pollution atmosphérique de fond habituels et d’estimer l’exposition de la population dans 81 régions sociosanitaires réparties dans toutes les provinces et tous les territoires, couvrant ainsi la majeure partie de la population canadienne.

Nous avons ensuite appliqué l’Outil d’évaluation des bénéfices liés à la qualité de l’air (OEBQA) de Santé Canada pour traduire l’exposition des Canadiens et Canadiennes à la fumée en répercussions sur la santé et en coûts économiques.

Un niveau de référence plus élevé et plus enfumé

Notre analyse a permis de déterminer que, après la saison des feux record de 2023, les répercussions sur la santé liés à la fumée des feux de forêt en 2025 sont demeurées nettement plus élevées qu’avant 2023. Cela laisse croire que l’exposition accrue à la fumée fait maintenant partie de la nouvelle normalité au Canada.

En 2025, on estime que la fumée des feux de forêt en Alberta, en Colombie-Britannique, et en Ontario a contribué à environ 8 million d’événements de santé excédentaires, incluant 4,4 millions de jours de symptômes respiratoires et 2,4 millions de jours d’activité restreinte. Ces résultats couvrent trois provinces indiquent que le fardeau sanitaire de la fumée demeure bien au-dessus des niveaux d’avant 2019.

Pour chiffrer l’ampleur des dégâts sur la santé à l’échelle nationale, la fumée des feux de forêt a causé en moyenne 5,3 milliards de dollars de dommages aigus à la santé entre 2014 et 2025. Ces dommages aigus correspondent aux effets immédiats et visibles de l’exposition à la fumée, notamment les symptômes respiratoires, les crises d’asthme, les visites aux urgences et les millions de jours où les Canadiens et Canadiennes n’ont pas pu travailler ni profiter des activités à l’extérieur. Tous ces effets ont un coût économique, allant des dépenses directes en soins de santé aux pertes de salaire, en passant par la diminution du plaisir des activités estivales. Nos résultats concordent dans l’ensemble avec une étude canadienne récente (Matz et coll., 2026).

Mais ces coûts aigus représentent moins de 3 % du fardeau total. Pour chaque dollar de dommages aigus visibles causés par la fumée, 43 dollars de plus s’accumulent en raison de la mortalité prématurée à long terme. Au cours de la même période de 12 ans, les coûts liés à la mortalité chronique ont totalisé environ 226 milliards de dollars — soit environ 19 milliards de dollars chaque année.

Bien que ces chiffres annuels soient frappants, une vision plus globale révèle une tendance générale à l’intensification de la fumée et à l’aggravation des dommages au fil du temps.

En ce qui concerne l’Alberta, la Colombie-Britannique et l’Ontario (les trois provinces qui disposent de données cohérentes sur la surveillance de la qualité de l’air pour 2025), les dommages aigus annuels moyens sont passés de 256 millions de dollars en 2014-2016 à 409 millions de dollars en 2021-2024. Le résultat de 2025, à 399 millions de dollars, se situe clairement dans cette nouvelle fourchette élevée.

L’analyse des résultats de 2025 suggère que le Canada n’est pas revenu aux niveaux de dommages plus faibles d’il y a dix ans. Autrement dit, même si 2023 demeure la pire saison des feux de forêt jamais enregistrée, les répercussions importantes de la fumée semblent persister.

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L’ombre immense

Selon notre analyse, l’exposition prolongée à des concentrations élevées de fumée d’incendies de forêt est associée à environ 2 500 décès prématurés par an au Canada.

Cela signifie que les indicateurs les plus visibles des coûts de santé aigus lors des journées enfumées (les visites aux urgences et les crises d’asthme) ne représentent qu’une petite part du fardeau global pour la santé.

Les feux de forêt nuisent à la santé des Canadiens et Canadiennes

La fumée des feux de forêt devient un fardeau persistant pour la santé publique, entraînant des coûts économiques qui se chiffrent en milliards de dollars chaque année. Alors que la fumée survient désormais chaque année et que des problèmes de santé persistants s’installent, cette nouvelle réalité touchera des millions de Canadiens et Canadiennes annuellement, ce qui nécessitera une augmentation des dépenses de santé publique pour traiter les effets aigus et chroniques, tout en freinant la productivité économique.

Dans son rapport de 2022 intitulé Limiter les dégâts, l’Institut climatique a identifié un certain nombre de façons dont les changements climatiques ralentissent déjà la croissance économique et érodent le bien-être des ménages, sans même prendre en compte les répercussions de la fumée des feux de forêt.

Cette nouvelle analyse révèle que les effets sur la santé et les coûts économiques des changements climatiques sont encore en cours d’évaluation et que l’ampleur de leur fardeau ne cesse de croître.

Les changements climatiques ne sont plus un problème futur ou lointain. Les preuves indiquent une réalité actuelle. Les Canadiens et Canadiennes en subissent déjà les conséquences : leur santé se détériore, les coûts des soins de santé augmentent et le fardeau économique s’alourdit.

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Dave Sawyer est économiste principal à l’Institut climatique du Canada et responsable du projet 440 Megatonnes.