Une étude montre que même un renforcement de la tarification du carbone industriel coûterait très peu aux sables bitumineux, en moyenne moins de 50 cents par baril en 2030.
Principaux constats:
- Les coûts moyens sont très faibles. Le prix du carbone industriel coûte aux installations de sables bitumineux moins de 10 cents le baril aujourd’hui et coûtera moins de 50 cents le baril d’ici 2030, même avec une tarification plus stricte conforme au protocole d’entente Canada-Alberta.
- Les coûts varient d’une installation à l’autre. Les installations produisant le plus d’émissions sont confrontées à des coûts nets de carbone plus élevés, tandis que les installations les plus efficaces gagnent de l’argent en réduisant leurs émissions et en vendant des crédits carbone sur le marché.
- Ces faibles coûts sont intentionnels. Les systèmes de tarification du carbone industriel du Canada ont des caractéristiques de conception spécifiques qui contribuent à réduire les émissions tout en préservant la compétitivité, ce qui explique le faible coût moyen.
Les coûts de la tarification du carbone industriel, en particulier pour les sables bitumineux, sont souvent exagérés. Ces installations figurent parmi les plus émettrices de carbone au Canada, et il est facile de se référer au prix national du carbone industriel et de laisser entendre qu’elles font face à des difficultés économiques.
Mais les données dressent un tout autre tableau. En moyenne, le prix du carbone industriel coûte très peu aux sables bitumineux, et cela ne changera pas même si le prix du carbone augmente.
Même avec un prix de crédit carbone de 130 $ la tonne, la tarification coûterait moins d’un Timbit par baril
L’Institut climatique du Canada a déjà expliqué comment la tarification du carbone industriel est conçue pour encourager la réduction des émissions à faible coût, ce qui revient pour les producteurs de sables bitumineux à payer environ l’équivalent d’un Timbit par baril de pétrole.
La Figure 1 présente les résultats d’une analyse actualisée des coûts supportés par 29 installations d’exploitation de sables bitumineux dans le cadre du système de tarification du carbone de l’Alberta, connu sous le nom de TIER (Technology Innovation and Emissions Reduction Regulation). Cette analyse, fondée sur le texte de la réglementation et des données réelles de conformité, montre que les coûts varient d’une installation à l’autre, mais demeurent faibles en moyenne, à un peu moins de neuf cents le baril en 2026.
Cette tendance persiste même si les prix du carbone augmentent, ce qui sera nécessaire pour que ces systèmes atteignent leur plein potentiel de réduction des émissions. Notre analyse a examiné comment les coûts évolueraient si les systèmes étaient améliorés pour offrir un prix de crédit de 130 $ la tonne d’ici 2030, comme le prévoit le protocole d’entente Canada-Alberta. Même dans ce cas, certaines installations gagneraient de l’argent, tandis que d’autres en perdraient, avec un coût moyen pondéré en fonction de la production de 47 cents le baril, soit à peu près le prix d’un Timbit, compte tenu de l’inflation.
Figure 1
Les variations entre les installations sont importantes. Certaines installations doivent assumer des coûts importants, d’autres des coûts marginaux, et certaines réalisent un profit grâce à des performances suffisantes pour générer des crédits de carbone vendables ou échangeables.
Par exemple, quelques installations affichent des coûts supérieurs à un dollar par baril, tandis que Tucker Thermal devra faire face à des coûts de carbone de près de 4 $ par baril en 2030. Ces coûts sont suffisamment élevés pour bénéficier d’un allègement dans le cadre du programme de maîtrise des coûts de TIER.
À l’inverse, les installations les plus performantes tirent profit de la tarification du carbone industriel. Par exemple, le complexe intégré d’exploitation minière et de valorisation de Muskeg River, Jackpine et Scotford, exploité par CNRL, est l’une des exploitations les plus performantes des sables bitumineux. Il accumule ainsi des crédits de performance qu’il peut vendre ou reporter pour les années à venir… plus de huit millions de crédits depuis 2016. Aujourd’hui, ces crédits valent 300 millions de dollars. D’ici 2030, leur valeur pourrait atteindre 1 milliard de dollars si le prix du carbone monte à 130 $ la tonne, comme prévu.
De toute évidence, les situations varient considérablement d’une installation à l’autre. Mais, même une hausse du prix du carbone n’entraînerait, pour une installation d’exploitation des sables bitumineux, qu’un coût de quelques centimes par baril, et non de plusieurs dollars.
La tarification du carbone industriel est conçue pour minimiser les coûts
Les coûts du carbone industriel sont en moyenne faibles en raison de trois choix de conception importants.
Premièrement, les installations ne paient pas toutes leurs émissions comme elles le feraient en vertu d’une taxe sur le carbone. Elles ne sont soumises à un prix du carbone que pour les émissions qui dépassent un seuil ou une norme de rendement propre à l’installation. Cela limite les coûts totaux tout en récompensant les installations qui améliorent leur rendement en matière d’émissions.
Deuxièmement, un « bouclier fiscal et de redevances » réduit encore davantage les coûts liés au carbone. Les producteurs de sables bitumineux dont les coûts nets sont liés à la tarification du carbone peuvent comptabiliser ces dépenses dans leurs revenus, réduisant ainsi leur impôt sur les sociétés fédéral et provincial, ainsi que les redevances qu’ils versent à la province. Parallèlement, les producteurs qui réalisent un profit net grâce à la tarification du carbone industriel n’ont pas à imputer ces revenus sur leurs obligations de redevances.
Troisièmement, le système TIER constitue un dernier rempart pour les bilans financiers sous la forme d’un programme de limitation des coûts. Si un producteur de sables bitumineux doit assumer des coûts de carbone supérieurs à 3 % de son revenu ou à 10 % de son bénéfice, il peut bénéficier d’un allègement fiscal du gouvernement provincial.
Ces caractéristiques de conception expliquent comment la tarification du carbone peut maintenir les coûts globaux bas tout en incitant à la réduction des émissions. Les installations les plus efficaces peuvent gagner de l’argent, tandis que les moins efficaces doivent faire face à des coûts plus élevés. Toutefois, même dans ce cas, les coûts sont soigneusement calibrés et des mécanismes de contrôle empêchent que les coûts totaux ne compromettent la rentabilité globale d’une installation. La tarification du carbone industriel est conçue pour maintenir les incitations à la réduction des émissions et protéger la compétitivité, même si les systèmes se renforcent avec le temps. Le tout pour le prix d’un Timbit par baril.
Ross Linden-Fraser est chargé de recherche à l’Institut climatique du Canada. Dale Beugin est vice-président exécutif de l’Institut climatique du Canada.