Le Canada à la traîne du G7 tandis que les émissions des pays en développement augmentent (pour l’instant).
La réunion des pays à Belém pour la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP30) est une bonne occasion pour 440 mégatonnes d’évaluer le progrès du Canada en matière de réduction des émissions dans un contexte mondial et de comparer ses réalisations avec celles de ses partenaires diplomatiques et commerciaux.
Il convient de rappeler que le Canada est un émetteur de gaz à effet de serre majeur à l’échelle mondiale, soit le 10e plus important en termes absolus en 2024 et parmi les plus élevés par habitant.
Il en va de même pour certains autres membres du G7 et principaux partenaires commerciaux du Canada, qui figurent parmi les plus grandes économies du monde. Or la plupart de ces pays, voire tous, ont progressé davantage que le Canada dans la réduction de leurs émissions.
La figure 1 montre l’évolution des émissions dans les pays du G7 et les dix principales destinations des exportations canadiennes depuis 2005.
Au sein des pays du G7, le tableau est assez uniforme : tous ont réalisé des progrès, et tous ont fait mieux que le Canada. Ce dernier a réduit ses émissions de près de 9 % depuis 2005, alors que la réduction moyenne est supérieure à 30 %. Les États-Unis se classent avant-derniers avec une réduction de 17 %, tandis que le Royaume-Uni occupe la première place avec une réduction de 45 %.
Tous les pays du G7, dont le Canada, ont vu leurs progrès les plus importants se réaliser dans le secteur de l’électricité. À l’exception de la France, la plupart ont débuté le nouveau millénaire avec une dépendance au charbon plus forte que le Canada et tous se sont tournés vers des diverses combinaisons d’énergies renouvelables, d’énergie nucléaire et de gaz naturel. Parfois, des facteurs moins favorables ont contribué aux réductions, comme le ralentissement de la production industrielle au Japon.
Figure 1
Du côté des principaux partenaires commerciaux du Canada, le paysage est plus nuancé. En effet, contrairement aux membres du G7, qui sont tous des pays riches et développés, les dix principales destinations des exportations canadiennes comportent des pays à revenu moyen ou en développement, dont la Chine, l’Inde et le Mexique. Dans ces pays, la croissance économique, la consommation et la production industrielle, qui sont des facteurs importants d’émissions, ont généralement connu une croissance plus rapide.
Alors que les homologues du Canada ont considérablement réduit leurs émissions depuis 2005, celles de ses partenaires en développement ont quant à elles plutôt augmenté, voire plus que doublé dans le cas de l’Inde. La Corée du Sud est une exception : malgré une richesse supérieure à celle de la France et de l’Italie, ses émissions ont augmenté, principalement en raison de sa forte dépendance aux combustibles fossiles pour la production d’électricité.
Malgré des progrès limités dans certains cas, on peut tout de même s’attendre à une amélioration. À l’exception des États-Unis, tous les pays présentés ont fixé une cible de carboneutralité et ont des systèmes de tarification du carbone (excepté l’Inde, qui prévoit en mettre un en place l’année prochaine). Même la Chine, qui est de loin le plus grand émetteur mondial, pourrait atteindre son pic d’émissions avant la fin de la décennie grâce à l’expansion massive des énergies renouvelables et des technologies électrifiées.
Ross Linden-Fraser est chargé de recherche à l’Institut climatique du Canada.