Les biocarburants sont de plus en plus présents dans l’essence et le diesel, ce qui augure une réduction des émissions.
Les biocarburants n’en imposent pas autant que l’électricité, clé de voûte de la décarbonisation, mais le Canada en consomme de plus en plus dans ses véhicules, ce qui ralentit la croissance des émissions. Les politiques novatrices des gouvernements provinciaux et fédéral portent donc leurs fruits, mais il faudrait quand même en faire plus, comme c’est souvent le cas.
L’an dernier, lorsque 440 mégatonnes s’est demandé pourquoi les émissions des véhicules à passagers du Canada faisaient du surplace, nous avons suggéré que les biocarburants pourraient être un indicateur précurseur de l’accélération de la réduction des émissions. C’est exactement ce que nous abordons dans cette analyse : à quel point utilise-t-on les biocarburants, et qu’est-ce que cela signifie pour les tendances de réductions d’émissions?
Réponse : la consommation est en croissance, de même que les émissions évitées. Ces résultats sont corrélés avec les politiques sur les biocarburants instaurées au cours des 20 dernières années par les gouvernements provinciaux et fédéral. La consommation de biocarburants étant un indicateur précurseur du progrès climatique, il est important de la surveiller, sans toutefois perdre de vue la disponibilité et la transparence limitées des données publiques.
Plus de biocarburants dans l’essence et le diesel
Les données publiques montrent que la consommation de biocarburants a connu une croissance rapide depuis 2020 : selon Statistique Canada, on parle de 64 % entre 2020 et 2024 à l’échelle nationale. Le rapport Biofuels in Canada 2025 de Navius Research confirme ce constat, ajoutant qu’il n’y a eu pratiquement aucune croissance dans les cinq années précédant 2021.
Cette croissance est une bonne nouvelle. L’éthanol, le biodiesel et le diesel renouvelable (les biocarburants les plus courants au Canada) contribuent à remplacer les combustibles fossiles utilisés dans les véhicules. Au cours de leur cycle de vie, la plupart des biocarburants émettent moins de gaz à effet de serre que l’essence et le diesel; leur intégration ou leur substitution aux combustibles fossiles permet donc de réduire les émissions dues aux transports.
L’essor est manifeste lorsqu’on regarde le contenu de biocarburant dans les transports (figure 1 ci-dessous). En 2024, l’éthanol a atteint 10 % du volume d’essence à l’échelle nationale, tandis que le diesel renouvelable et le biodiesel comptaient pour 7 % du volume de diesel national. Le graphique montre aussi l’entrée en vigueur des règlements; notamment, il y a des moments pivots à l’arrivée de la norme sur les carburants à faible teneur en carbone de la Colombie-Britannique et du Règlement sur les combustibles propres fédéral.
Le recours aux biocarburants n’a pas suivi la même évolution partout au pays. Statistique Canada indique que le Québec en consomme plus du double par rapport à 2020, tandis que l’Ontario n’affiche qu’une croissance modeste. Les données de la Colombie-Britannique sont gardées secrètes par Statistique Canada pour des raisons de confidentialité, mais les rapports provinciaux suggèrent que la teneur en carburants renouvelables des carburants utilisés en transports a plus que quadruplé entre 2010 et 2024, les biocarburants représentant un remarquable 30 % du volume de diesel en 2024.
Figure 1
Autre bonne nouvelle : la production de biocarburants augmente au Canada. Après une période de stagnation, elle a connu une hausse de 8 % entre 2022 et 2023 et de près de 30 % entre 2023 et 2024. Et cette production carbure aux produits canadiens, comme l’huile de canola (diesel renouvelable et biodiesel) et le maïs (éthanol).
Plus de biocarburants, moins d’émissions
Les émissions évitées au cours du cycle de vie, qui sont l’avantage écologique des biocarburants sur les combustibles fossiles, ont quintuplé depuis 2010. Cela s’explique par une hausse de la consommation de biocarburants et par une diminution des émissions liées à ces derniers, alors que les producteurs optent pour des matières premières générant moins d’émissions et adoptent des processus plus efficaces, par exemple qui utilisent moins d’engrais.
L’incidence des biocarburants se mesure souvent par les émissions au cours du cycle de vie (de la croissance des matières premières à la combustion du carburant). La figure 2 ci-dessous montre l’évolution temporelle de l’intensité des émissions de cycle de vie de l’éthanol, du biodiesel et du diesel renouvelable ainsi que l’entrée en vigueur de politiques en favorisant la réduction. L’intensité combinée du biodiesel et du diesel renouvelable a diminué entre 2015 et 2021, puis a légèrement augmenté en raison d’un recours accru à du diesel renouvelable engendrant plus d’émissions.
À noter que les estimations des émissions au cours du cycle de vie ne sont pas directement comparables à ce que l’on trouve dans le Rapport d’inventaire national du Canada parce que les émissions sont en partie produites à l’étranger.
Par leur utilisation accrue et leur intensité d’émissions inférieure, les biocarburants ont permis d’éviter 11 mégatonnes (Mt éq. CO₂) d’émissions en 2024 sur l’ensemble de leur cycle de vie, un pas de géant par rapport aux 2 Mt éq. CO₂ évitées en 2010.
Ces émissions ne sont pas entièrement le fruit du Règlement sur les combustibles propres du fédéral ou des politiques provinciales, mais ces politiques ont clairement contribué à l’essor des biocarburants et à l’attention portée aux carburants sobres en carbone pour éviter davantage d’émissions.
Figure 2
Les biocarburants : un indicateur prometteur mais imparfait
En tant qu’indicateur précurseur du progrès climatique, la consommation de biocarburants a ses bons et ses moins bons côtés.
D’une part, l’utilisation accrue de biocarburants signale le progrès, et l’analyse de carboneutralité de l’Institut climatique du Canada suggère que la consommation de biocarburants augmentera de 5 à 20 fois d’ici 2040.
Cependant, pour mesurer cette utilisation, il faut composer avec des rapports opaques et non uniformes.
Le manque de transparence est un facteur limitant pour l’analyse quantitative de cet indicateur. Statistique Canada n’a pas de données sur les carburants renouvelables avant 2020 et ne sépare pas les carburants par type ou par matière première. Les rapports Biofuels in Canada sont une excellente ressource, mais le téléchargement des données est restreint, et les sources de données varient d’une province à l’autre et sont parfois confidentielles.
En outre, les calculs des émissions au cours du cycle de vie ne sont pas uniformisés. Les logiciels utilisés sont complexes et diffèrent, par exemple, entre le Règlement sur les combustibles propres fédéral et la norme sur les carburants à faible teneur en carbone de la Colombie-Britannique. Qui plus est, d’aucuns estiment que la portée et les outils utilisés au Canada pour la vérification de la conformité – et pour les biocarburants en général – ne tiennent pas entièrement compte de l’utilisation du territoire. Il faudra continuer de mettre à l’épreuve la fiabilité et l’utilité des outils, à l’échelle internationale, pour augmenter la certitude quant à l’efficacité des politiques sur les carburants propres.
Malgré tout, l’essor des biocarburants est une bonne nouvelle pour le Canada, qui peine toujours à réduire les émissions de son secteur du transport (et de son économie en général). Nous continuerons de garder un œil sur cet indicateur – et sur d’autres – pour paver la voie vers une économie plus propre et plus concurrentielle.
Alison Bailie est associée de recherche principale à 440 mégatonnes.