Le suivi des tendances des émissions par unité de production met en lumière les réussites passées et les défis à venir de l’industrie canadienne.
La réduction de l’intensité des émissions profitera aux entreprises canadiennes et renforcera leur compétitivité à l’étranger.
Au Canada, où l’intensité des émissions constitue un indicateur important pour le suivi de l’objectif de décarbonisation, la politique fédérale d’approvisionnement écologique, l’engagement envers une tarification du carbone industriel plus robuste et la nouvelle réglementation sur le méthane favorisent les productions sobres en carbone.
À l’étranger, l’Union européenne a mis en œuvre son mécanisme d’ajustement carbone aux frontières au début de l’année, ce qui signifie que le montant des droits payés par les exportateurs dépend de l’intensité de leurs émissions (la quantité de carbone générée par unité physique de production). D’autres pays pourraient adopter des mécanismes semblables, notamment des normes sur les produits à base de méthane applicables au gaz naturel liquéfié.
Cette analyse porte sur les tendances de l’intensité des émissions dans huit secteurs qui, réunis, représentent près de la moitié des émissions totales du Canada.
La figure 1 montre que l’intensité des émissions de quatre produits énergétiques (pétrole classique, bitume, gaz et électricité) a diminué depuis 2005, tandis que celle de quatre autres secteurs (acier, élevage, ciment et services d’enfouissement) a peu évolué. Par ailleurs, l’intensité des émissions de l’ensemble des produits a stagné ces dernières années.
Figure 1
L’intensité des émissions du secteur énergétique a diminué, mais les progrès ralentissent
Au cours des 19 dernières années, on observe une baisse de l’intensité des émissions pour les quatre produits énergétiques, mais selon des trajectoires différentes. Celle de l’électricité a grandement chuté en raison du remplacement du charbon par le nucléaire, le gaz et les énergies renouvelables. Celle du bitume a diminué grâce à l’évolution des méthodes de production, mais ces progrès sont loin de compenser l’augmentation du nombre de barils produits.
L’intensité des émissions du pétrole classique et du gaz a aussi connu une baisse considérable. Les mesures d’atténuation des émissions de méthane ont été le principal moteur de cette baisse pour le gaz naturel. Sans elles, l’intensité des émissions du pétrole classique aurait augmenté. Les politiques fédérales et provinciales sur le méthane mises en place depuis 2018 ont été un franc succès, et les nouvelles règles devraient engendrer davantage d’améliorations.
Les émissions sont à la baisse depuis 2005, mais les progrès pour les produits énergétiques ont stagné ces dernières années, ce qui illustre la fragilité du progrès climatique.
L’intensité des émissions dans quatre autres secteurs clés reste la même
Si les autres produits présentés à la figure 1 montrent un progrès limité jusqu’en 2024, des baisses sont attendues pour trois d’entre eux :
- Le gouvernement fédéral a investi dans la production d’acier sobre en carbone, et un important projet qui devrait bientôt entrer en service contribuera à réduire l’intensité des émissions du secteur, malgré des retards dans d’autres projets.
- L’intensité des émissions des lieux d’enfouissement a diminué de 5 % depuis 2015 grâce à la réglementation provinciale et municipale de la capture du méthane. De nouveaux règlements fédéraux devraient renforcer cette tendance.
- L’intensité des émissions de l’industrie cimentière a légèrement baissé grâce à l’élimination quasi complète du charbon, mais des changements de procédés majeurs demeurent nécessaires (un renforcement de la tarification du carbone industriel pourrait y contribuer).
Les perspectives de réduction de l’intensité des émissions liées à l’élevage sont moins bonnes : la tendance historique stagne, et peu de nouvelles politiques climatiques ont été mises en œuvre.
Les politiques sont essentielles aux progrès, mais le suivi aussi
La décarbonisation industrielle étant un procédé lent et complexe, le suivi de l’intensité des émissions est d’autant plus essentiel. Il permet aux gouvernements d’appuyer les entreprises canadiennes en repérant rapidement les progrès stagnants et en ajustant les politiques de façon stratégique.
Restez à l’affût : 440 mégatonnes lancera bientôt une nouvelle série faisant le suivi des progrès d’indicateurs importants de la décarbonisation au Canada.
Alison Bailie est associée de recherche principale à l’Institut climatique du Canada.