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L’inflation alimentaire n’est pas causée par la tarification du carbone industriel. Voici pourquoi.

L’effet de la tarification du carbone industriel sur les prix des denrées alimentaires est minime, comme ajouter un cent au prix de deux douzaines d’œufs.

Principaux constats

  • La tarification du carbone industriel a un impact presque imperceptible sur le prix des aliments, ajoutant environ 0,1 % en 2026, soit l’équivalent d’un cent pour deux douzaines d’œufs.
  • Son impact sur les prix des denrées alimentaires est si minime parce que ces systèmes ne s’appliquent pas directement à une grande partie de la chaîne d’approvisionnement et sont conçus pour limiter les coûts pour l’industrie.
  • Les véritables facteurs de l’inflation alimentaire comprennent les flambées des prix des combustibles fossiles, les pratiques commerciales perturbatrices et les changements climatiques.

La Banque du Canada a averti que l’inflation pourrait bientôt augmenter à nouveau en raison de la guerre en Iran. Dans ce contexte, certains ont affirmé que la tarification du carbone industriel contribuait aussi à l’inflation des prix des denrées alimentaires au Canada. Mais c’est inexact : les données montrent que la tarification du carbone industriel a un effet minime sur les prix des aliments au Canada, un effet à peine perceptible par rapport aux véritables facteurs de l’inflation alimentaire.

Selon notre analyse, l’incidence de la tarification du carbone industriel sur les prix des denrées alimentaires sera d’environ 0,1 % cette année. C’est comme ajouter un cent au prix de deux douzaines d’œufs. Si la tarification du carbone est renforcée comme le prévoit le protocole d’entente Canada-Alberta, l’incidence moyenne ne sera que d’environ 0,15 % en 2030.

La Figure 1 montre l’incidence modélisée de la tarification du carbone industriel sur les prix des denrées alimentaires. Nos calculs tiennent compte de l’impact de la tarification du carbone industriel sur le prix moyen des aliments. L’impact sur des produits alimentaires spécifiques varie selon leur origine et la façon dont ils sont produits. Notre analyse montre cependant que l’impact global est minime.

Figure 1

Cette analyse repose sur l’évaluation indépendante des systèmes de tarification du carbone réalisée par l’Institut climatique du Canada, en utilisant les résultats des prix des denrées alimentaires du modèle gTech de Navius Research. Nous avons actualisé ces résultats en appliquant une échelle linéaire, afin de tenir compte des variations ultérieures du prix du carbone. Nous supposons que le prix effectif du carbone est de 65 $ la tonne en 2026 (une hypothèse prudente, compte tenu du prix des crédits carbone en Alberta, qui avoisine les 30 $ la tonne, et de la suspension du système en Saskatchewan), et qu’il atteindra 130 $ la tonne d’ici 2030.

La tarification du carbone industriel a peu d’incidence sur les prix des aliments, car elle engendre peu de coûts directs et de faibles coûts indirects

Deux raisons principales expliquent cette faible incidence.

Premièrement, la tarification du carbone industriel n’a pratiquement aucune incidence directe sur les chaînes d’approvisionnement alimentaire. Le prix ne s’applique pas aux quelque 30 % des aliments consommés au pays qui sont importés. Comme elle ne concerne que l’industrie et non les particuliers, ni les agriculteurs, ni les entreprises de transport, ni les épiceries ne sont directement touchés. Bien que certaines usines de transformation alimentaire supportent des coûts directs, la tarification ne concerne que 25 à 90 des quelque 12 000 entreprises de ce type au Canada. Et même dans ce cas, les coûts pour ces installations demeurent faibles en raison de la conception même de la tarification du carbone industriel.

Cela nous amène à la deuxième raison de la faible incidence de la tarification du carbone industriel : elle est conçue pour minimiser les coûts pour l’industrie. Dans le cadre des systèmes de tarification du carbone industriel, les installations ne paient que pour les émissions qui dépassent un seuil fixé. Si les entreprises ont une faible intensité d’émissions (ou si le seuil est fixé de manière généreuse), elles n’ont que peu, voire aucun coût à répercuter, et certaines entreprises peuvent même réaliser des bénéfices.

Ainsi, même lorsque le prix du carbone industriel est indirectement lié aux chaînes d’approvisionnement alimentaire (par l’électricité utilisée pour alimenter les machines ou réfrigérer les aliments, la production de pétrole brut, de gaz et de combustibles raffinés, ou les produits pétrochimiques qui finissent par devenir des engrais ou des emballages en plastique), cela n’engendre que peu, voire aucun coût à répercuter pour l’industrie dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.

Prenez les engrais, par exemple. Des recherches ont montré qu’en moyenne, ces installations n’assument aucun coût net lié à la tarification du carbone industriel. De même, pour les sables bitumineux, nos recherches indiquent que le coût moyen de la tarification du carbone industriel n’est que de 9 cents par baril de pétrole en 2026. Notre analyse suggère que le principal lien entre la tarification du carbone industriel et les prix des produits alimentaires réside dans le coût de l’électricité, mais celui-ci n’aurait qu’une incidence limitée sur le prix des denrées alimentaires.

En résumé, l’impact de la tarification du carbone industriel sur les prix des denrées alimentaires est si faible qu’il est à peine perceptible. L’inflation alimentaire est réelle, mais elle a d’autres causes, notamment la volatilité des prix des carburants qui font actuellement grimper le coût des engrais, les pratiques commerciales perturbatrices et, bien sûr, les changements climatiques.


Ross Linden-Fraser est chargé de recherche à l’Institut climatique du Canada.