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Crédit d'image Une raffinerie est visible sur les eaux du bras de mer Burrard, à Burnaby, en Colombie-Britannique, le 30 juin 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Darryl Dyck

L’industrie canadienne utilise toujours plus de combustibles fossiles, ce qui a bloqué les progrès en matière de réduction des émissions

La consommation industrielle de combustibles fossiles augmente depuis 20 ans et représente désormais les deux tiers de la consommation énergétique industrielle totale au Canada.

Les émissions industrielles (provenant des secteurs pétrolier, gazier et minier, du ciment, des produits chimiques, de la pâte et du papier et de la métallurgie) représentent environ 40 % des émissions nationales du Canada, faisant de la consommation d’énergie industrielle un indicateur crucial pour le suivi des progrès en matière de décarbonation. 

Les données de Statistique Canada sur la consommation finale d’énergie (CFE) suivent l’énergie utilisée pour le chauffage, la climatisation, l’alimentation des véhicules et le fonctionnement des machines, ainsi que pour des usages non énergétiques comme les combustibles fossiles dans la production chimique. La part de l’industrie dans la consommation finale totale d’énergie de l’ensemble de l’économie représente 30 %. En examinant la part de l’industrie dans la consommation totale d’énergie finale, cette analyse révèle les tendances de consommation d’énergie affectant les émissions de CO2 au cours des vingt dernières années.

Le tableau d’ensemble montre peu de progrès en matière d’électrification industrielle (Figure 1). Au cours des vingt dernières années, les industries ont utilisé moins de charbon, qui a été remplacé par le gaz naturel, un combustible à faible émission. Toutefois, la hausse de la consommation de gaz a également entraîné une diminution de la part d’électricité utilisée par les installations industrielles dans leur consommation énergétique finale.

L’utilisation du gaz naturel est largement tirée par les secteurs pétrolier, gazier et minier, tandis que les industries réduisent leur consommation de charbon

La croissance la plus importante de la consommation de gaz provient des industries pétrolières, gazières et minières, qui sont regroupées dans les données de Statistique Canada. Depuis 2005, la consommation de gaz naturel de ces industries a été multipliée par 3,5 et représente désormais près de 60 % de la consommation totale de gaz industriel. Si l’on exclut ce secteur, la part du gaz naturel dans les autres industries n’a augmenté que de 5 %, contre 19 % si l’on tient compte des secteurs pétrolier et gazier.

De manière générale, les industries utilisent le gaz naturel pour remplacer d’autres combustibles fossiles, notamment le charbon, dont la consommation a diminué de plus de deux tiers depuis 2005. La consommation de charbon dans l’industrie du ciment a baissé de 85 % et celle de mazout lourd dans le secteur de la pâte et du papier a chuté de près de 90 %.

De plus, l’essor de la cogénération a également permis d’améliorer l’efficacité énergétique et la décarbonisation. Bien que la cogénération à base de combustibles fossiles ne soit pas sans émissions, elle atteint un rendement élevé en capturant la chaleur résiduelle et en évitant les pertes de transmission, ce qui la rend moins polluante que les centrales à gaz externes.

Plus de gaz naturel a entraîné moins d’électrification

Toutefois, l’augmentation de la consommation de gaz naturel a également réduit la part de l’électricité dans la consommation d’énergie. La consommation finale d’électricité — somme de l’électricité produite par l’électricité propre (solaire, éolienne, hydroélectrique, nucléaire) et de l’électricité produite par le gaz naturel — a diminué de 5 % entre 2005 et 2024. 

La part de l’électricité propre a chuté de 12 % au cours sur cette période. Les secteurs de la pâte et du papier et de la sidérurgie ont enregistré les plus fortes baisses absolues de consommation d’électricité propre, tandis que les secteurs pétrolier et gazier ont connu la plus forte diminution en termes de part dans la consommation énergétique sectorielle. Toutefois, la part de l’électricité dans le bouquet énergétique n’a pas diminué dans tous les secteurs. Notamment, la production d’aluminium qui repose depuis longtemps sur l’électrolyse, est un procédé énergivore. 

Figure 1

L’ensemble des données montre que, malgré les progrès réalisés par l’industrie canadienne dans l’élimination progressive des combustibles à forte intensité de carbone, la hausse de la consommation de gaz risque de figer les investissements et de retarder l’électrification. Sans un nouvel élan pour élargir l’accès à une électricité propre et abordable et pour déployer des technologies permettant l’électrification du chauffage et des procédés industriels, la décarbonation industrielle risque de rester au point mort.


Arthur Zhang est associé de recherche principal à l’Institut climatique du Canada.