Les réseaux alimentés au gaz naturel sont vulnérables aux chocs des prix des combustibles, mais la conception du marché et l’utilisation d’énergie propre peuvent protéger les consommateurs contre la volatilité du prix de l’électricité.
Points importants
- Les chocs du prix du gaz naturel influent sur le prix de l’électricité en raison de la conception du réseau et de la structure du marché. Le prix de l’électricité dépend de trois facteurs :
- La composition de la production d’électricité détermine si les consommateurs sont exposés aux prix (plus volatils) des combustibles fossiles.
- La flambée du prix du gaz naturel peut engendrer des chocs de prix.
- La structure du marché détermine si les chocs du prix des combustibles se répercutent immédiatement ou progressivement sur les consommateurs.
- L’électrification amplifie l’exposition et la volatilité du prix là où le gaz naturel fixe le prix. Avec la hausse de la demande d’électricité, les réseaux dépendent davantage de la source d’énergie la plus coûteuse pour y répondre, qui est souvent le gaz naturel. Lorsque le prix du gaz naturel flambe, le prix de l’électricité dans les systèmes qui dépendent du gaz naturel devient également plus volatil.
- La stabilité des prix repose sur une moindre dépendance au gaz naturel pour fixer les prix de l’électricité. Les réseaux électriques qui dépendent du gaz naturel pour fixer leurs prix à la marge peuvent augmenter le stockage par batteries, la gestion de la demande et l’approvisionnement en électricité propre et ferme des entreprises, afin de réduire l’exposition à la volatilité des prix.
La demande en électricité devrait augmenter dans tout le pays. Selon la Régie de l’énergie du Canada (REC), la demande d’électricité pourrait croître d’environ 30 % et doubler par rapport aux niveaux actuels d’ici 2050, selon le scénario. Cette augmentation serait alimentée par la nouvelle demande des véhicules électriques (VE), l’électrification des bâtiments, la croissance de l’industrie et la charge des nouveaux centres de données. Une grande partie de cette électrification sera essentielle pour atteindre les objectifs de décarbonation du Canada. Mais la croissance de la demande d’électricité risque également d’exposer la volatilité inhérente à certains des réseaux électriques canadiens.
Aujourd’hui, le niveau et la stabilité des prix de l’électricité varient considérablement d’un bout à l’autre du Canada.
Nous avons effectué une analyse de régression par la méthode des doubles différences en examinant trois provinces canadiennes pour la période de 2012 à 2025, afin de comprendre les facteurs qui influencent le niveau et la stabilité du prix de l’électricité. Nous avons identifié trois facteurs principaux. Premièrement, la composition du bouquet énergétique d’une province détermine son exposition aux prix des combustibles fossiles. Deuxièmement, les prix du gaz naturel peuvent créer une volatilité des prix dans les réseaux électriques exposés à ces chocs. Enfin, la structure du marché de l’électricité contribue à déterminer comment ces prix se répercutent sur les ménages.
L’analyse de cette semaine explore ces trois forces qui aggravent la situation et se concentre sur les différences de comportement des réseaux au Québec, en Alberta et en Nouvelle-Écosse.
La composition du bouquet énergétique détermine l’exposition aux prix des combustibles fossiles
Les réseaux électriques dont la part des combustibles fossiles est plus élevée sont exposés à des chocs de prix comme celle provoquée par la fermeture du détroit d’Ormuz. À l’inverse, les provinces dont le bouquet énergétique est plus propre paient moins en coûts de combustibles. Par exemple, le Québec produit plus de 95 % de son électricité à partir de barrages hydroélectriques construits au fil des décennies. Comme ces barrages n’engendrent aucun coût de combustible, les augmentations tarifaires sont lentes et prévisibles, permettant ainsi d’amortir les coûts d’investissement au fil du temps. Entre 2012 et 2025, le tarif résidentiel du Québec n’a augmenté que d’environ 1 % par an. Avec une production d’électricité à partir de combustibles fossiles minimale, ces réseaux sont largement protégés des chocs du prix des combustibles.
Les prix du gaz naturel sont sensibles aux chocs énergétiques
À titre de comparaison, entre 2012 et 2025, l’Alberta a produit entre 60 et 90 % de son électricité à partir de combustibles fossiles. Comme le montre la Figure 1, les tarifs de l’électricité en Alberta ont évolué de façon très similaire au prix du gaz naturel. Lorsque les prix du gaz naturel ont flambé en 2022 à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le prix de marché de l’Alberta a réagi en quelques semaines. Dès 2023, les tarifs résidentiels ont atteint près de 30 cents le kWh, avant de diminuer à partir de 2024.
Les mesures politiques, telles que le mécanisme du « tarif de dernier ressort » en Alberta, visent à protéger les consommateurs contre la volatilité des prix de l’électricité. Cependant, elles ne modifient pas l’exposition sous-jacente.
Figure 1
La structure du marché de l’électricité peut atténuer les chocs des prix des combustibles fossiles
Bien que plus de la moitié de l’électricité de la Nouvelle-Écosse provienne de combustibles fossiles, l’impact de la volatilité du prix du gaz naturel sur les prix de l’électricité résidentielle a été atténué par la structure du marché. Par conséquent, Nova Scotia Power n’a pas immédiatement répercuté les coûts du combustible de 2022 sur ses clients. Au lieu de cela, le service public a absorbé ces coûts au fil du temps et continue de compenser les coûts élevés du combustible de la période 2019-2023, grâce aux hausses tarifaires approuvées en 2025.
Dans ce cas précis, la structure du marché a atténué la flambée des prix de l’électricité due à la volatilité du prix du gaz naturel, mais elle ne peut protéger les ménages contre le remboursement des coûts élevés du combustible.
La dépendance au gaz naturel présente des risques pour l’électrification
À mesure que la demande augmentera, notamment à cause des véhicules électriques, des pompes à chaleur et de l’industrie, les réseaux s’appuieront plus fréquemment sur leur source d’approvisionnement marginale pour fixer le prix de l’électricité. Dans de nombreuses provinces, cette source reste le gaz naturel. Dans les réseaux où le prix est fixé par le gaz naturel et où les coûts sont rapidement répercutés, une demande plus forte entraînera des pics plus élevés des prix moyens et une volatilité accrue. Dans les réseaux où les coûts sont réglementés et recouvrés progressivement, ces mêmes pressions se manifesteront par des augmentations de prix graduelles et décalées.
Les réglementations sur l’électricité propre et les incitatifs à l’investissement peuvent protéger les ménages
Investir dans l’électricité propre réduit l’exposition aux chocs du prix des combustibles et accroît la prévisibilité de l’approvisionnement en électricité. Si les systèmes investissent dans des mesures qui aident à réduire Les réseaux électriques investissent dans des mesures visant à atténuer les pics de consommation et leur dépendance à l’égard de la production d’électricité au gaz naturel et des sources d’appoint, notamment en développant leurs capacités de production et de stockage d’électricité non émettrices, et en mettant en œuvre des mesures de gestion de la demande. Le Règlement sur l’électricité propre, combiné à des incitatifs à l’investissement, peut contribuer à la transition du Canada vers un réseau électrique plus propre, tout en protégeant les factures d’électricité des ménages contre les futurs chocs du prix des combustibles.
À des fins de reproductibilité et de transparence, le code économétrique et les données de panel sont disponibles ici.
Arthur Zhang est associée de recherche principale à l’Institut climatique du Canada.