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Comment suivre le développement du réseau de recharge pour les véhicules électriques au Canada

Il ne suffit pas de suivre le nombre de bornes. Nous avons identifié trois indicateurs qui permettent de mieux comprendre si le réseau de recharge canadien se développe de manière appropriée.

Principaux constats

  • Les indicateurs de transition propre permettent de suivre les changements physiques et économiques qui surviennent avant même la réduction des émissions.
  • La publication d’un petit nombre d’indicateurs pertinents et actualisés peut signaler les tendances en matière de décarbonisation avant que les données sur les émissions ne soient disponibles.
  • Les données sur l’infrastructure de recharge des véhicules électriques (VE) illustrent comment ces indicateurs peuvent signaler des progrès.

Il existe plusieurs façons de suivre les progrès climatiques du Canada. Les données sur les émissions fournissent le signal le plus clair, mais des données précises sont lentes à émerger et ne saisissent pas directement les tendances en matière de consommation d’énergie, de déploiement de technologies ou d’investissement qui façonnent les résultats futurs.

Un autre type de données, que nous appelons indicateurs de transition propre, peut aider à combler cette lacune. Ces indicateurs suivent les changements physiques et économiques qui surviennent à mesure que des systèmes propres sont mis en place, révélant si les technologies, les infrastructures et les marchés nécessaires à une économie propre se développent.

Le gouvernement fédéral a commencé à suivre des indicateurs similaires. Son rapport de 2025 sur les progrès climatiques du Canada en contenait 24. Cinq critères d’inclusion ont guidé le choix des indicateurs : la pertinence, la crédibilité, l’accessibilité, l’actualité et la transparence.

Dans le cadre des recherches menées par 440 mégatonnes sur les indicateurs potentiels de transition propre, nous élaborons également des critères d’inclusion. Notre objectif est de développer des indicateurs de transition propre qui soient opportuns, qui rendent compte du rendement du système et de la vitesse du changement.

Pour illustrer notre propos, cette analyse compare l’indicateur fédéral relatif aux bornes de recharge pour véhicules électriques avec trois indicateurs que nous examinons : le nombre de bornes de recharge rapide par 1 000 VE, les ajouts nets de bornes de recharge rapide et le nombre total de bornes de recharge rapide installées, ainsi que la part des bornes de recharge ultra-rapide (bornes dont la puissance de charge dépasse 150 kW, soit environ cinq fois plus rapide que les bornes de recharge en courant continu).

Les bornes de recharge rapides se multiplient, mais les nombre de VE augmente encore plus vite

L’électrification sera le principal moyen de décarboniser les transports personnels et l’infrastructure pour recharger les véhicules électriques est un facteur clé de cette transition. L’indicateur choisi par le gouvernement fédéral pour cette partie de la transition est le nombre total de bornes de recharge publiques pour VE. Cet indicateur est prometteur, mais présente aussi de nombreuses limites.

L’indicateur permet néanmoins de mesurer certains aspects des progrès. Et la bonne nouvelle, c’est que le réseau canadien de bornes de recharge publiques pour VE est en expansion.

Cependant, le nombre de bornes à lui seul ne suffit pas. À mesure que l’adoption des VE s’accélère et que la technologie évolue, les indicateurs doivent passer du simple comptage des bornes à l’évaluation du rendement du système pour répondre aux besoins des utilisateurs. Autrement dit, les gens veulent pouvoir accéder à une borne de recharge rapide, recharger rapidement et reprendre la route.

Trois indicateurs supplémentaires peuvent y contribuer (Figure 1) :

  • Le ratio de bornes de recharge par véhicule (mesuré en nombre de bornes de recharge rapide par 1 000 VE) indique si l’infrastructure est à la hauteur de la demande.
  • L’ajout de bornes de recharge rapide en courant continu permet de suivre la vitesse avec laquelle le système s’adapte à l’adoption croissante des VE.
  • Enfin, la part des bornes de recharge ultra-rapide témoigne de la qualité du réseau, indiquant s’il devient plus rapide et plus facile d’utilisation.

Figure 1

Pris ensemble, ces indicateurs permettent de déterminer si l’infrastructure de recharge se développe pour soutenir l’adoption des VE. Bien entendu, ces données ne sont pas les seules utiles pour comprendre la recharge des véhicules. Par exemple, il serait utile de suivre précisément la construction des bornes de recharge publiques, leur fréquence d’indisponibilité et la disponibilité d’options de recharge privées.

Les données de nos trois indicateurs montrent que le rythme et la qualité de la recharge des VE s’accélèrent, mais qu’elle ne suit peut-être pas encore le rythme de l’adoption généralisée de ces véhicules.

Alors que le nombre de bornes de recharge rapide installées a triplé depuis 2020, leur nombre par 1 000 VE a chuté de 12,6 début 2019 à 7,8 fin 2025, soit une baisse de 38 %. Près de deux fois plus de véhicules électriques se disputent désormais chaque borne de recharge rapide. D’autre part, la part des bornes de recharge ultra-rapides augmente lentement, ce qui peut réduire le temps qu’un propriétaire de VE prend pour recharger si son véhicule a la capacité d’absorber une telle puissance. Déjà, un nombre important de modèles de VE présentent des puissances de charge maximales compatibles avec ces vitesses de recharge.

Le rapport d’étape de 2025 du gouvernement fédéral constitue un point de départ utile pour le suivi des indicateurs de progrès, mais les indicateurs choisis ne sont pas toujours les plus efficaces. Alors que 440 mégatonnes élabore ses propres indicateurs de transition propre, nous continuerons à chercher des indicateurs qui peuvent répondre à des questions plus approfondies sur la nature des progrès du Canada.


Alison Bailie et Arthur Zhang sont associés de recherche principaux à l’Institut climatique du Canada. Dave Sawyer est économiste principal à l’Institut climatique du Canada et chef de 440 mégatonnes.