Skip to content
Crédit d'image IStock

Le Canada accuse désormais un retard de plus de 20 ans sur son objectif de 2030, et la carboneutralité est loin d’être en vue

La dernière analyse de 440 mégatonnes révèle que l’ensemble actuel des politiques en matière de climat du pays maintiendrait les émissions à un niveau obstinément élevé jusqu’au milieu du siècle.

SOMMAIRE

  • Selon la trajectoire actuelle du Canada en matière d’émissions, le pays pourrait tout juste atteindre son objectif d’émissions pour 2030 en 2050, sans même parler de la carboneutralité.
  • Nous prévoyons que les émissions resteront élevées parce que l’ensemble des politiques en matière de climat du pays est moins ambitieux que par le passé et parce qu’il aura du mal à compenser les nouveaux projets de développement à forte intensité de carbone. Bien que le gouvernement fédéral ait promis des politiques supplémentaires qui pourraient permettre de réduire davantage les émissions, leurs modalités restent à déterminer.
  • Le Canada a déjà démontré qu’il pouvait réduire ses émissions tout en faisant croître son économie. Cependant, il ne pourra atteindre tous ses objectifs (industries plus concurrentielles, marchés plus diversifiés, énergie plus abordable et émissions réduites) sans des politiques en matière de climat plus vigoureuses.

Selon les dernières projections de 440 mégatonnes, le Canada risque d’accuser plus de vingt ans de retard sur ses objectifs d’émissions. Au rythme actuel, le pays est loin d’être en voie d’atteindre ses objectifs climatiques à court terme et pourrait tout juste atteindre son objectif d’émissions pour 2030 en 2050. L’objectif de carboneutralité, que plusieurs gouvernements de tout le pays se sont engagés à atteindre d’ici le milieu du siècle, n’est pas en vue.

Le maintien d’émissions élevées relève d’un choix politique. Les données sur les émissions et la modélisation démontrent que les politiques en matière de climat fonctionnent (les émissions sont plus faibles qu’elles ne l’auraient été sans ces politiques), mais les gouvernements ont affaibli, retardé ou annulé des mesures qui auraient permis de réaliser davantage de progrès en matière de climat.

Qui dit émissions plus élevées, dit coûts en hausse. L’analyse des dommages causés par le climat effectuée par L’Institut climatique du Canada a révélé que les changements climatiques pèsent déjà de façon constante sur l’économie canadienne… une conclusion étayée par la nouvelle édition du Rapport sur le climat changeant du Canada publié la semaine dernière.

Mais une hausse des émissions n’est pas non plus inévitable. L’expérience du Canada démontre que des politiques en matière de climat bien conçues peuvent préserver l’abordabilité et la compétitivité, tout en réduisant les émissions. En effet, la voie à suivre pour atteindre les objectifs que le Canada s’est fixés (réduction des émissions, industries concurrentielles, marchés d’exportation diversifiés et énergie sécuritaire et abordable) passe par de bonnes politiques en matière de climat.

Les émissions projetées du Canada sont plus élevées parce que les politiques promises sont moins ambitieuses

La figure 1 illustre à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle est que les politiques en matière de climat ont porté leurs fruits. La courbe supérieure montre que les émissions auraient été bien plus élevées sans les mesures introduites depuis 2015. La mauvaise nouvelle est que l’ensemble des politiques actuelles du Canada laisse subsister un écart considérable entre les émissions du pays et l’objectif de zéro émission nette.

Une analyse précédente, réalisée en 2023 avec Navius Research, a démontré que l’ensemble des mesures prévues par le Plan fédéral de réduction des émissions pour 2030 aurait pu mettre les objectifs à court terme du Canada à sa portée, si les gouvernements avaient respecté toutes leurs promesses. Mais les gouvernements n’ont jamais mis en œuvre toutes ces mesures. De plus, depuis le printemps 2025, les gouvernements partout au pays ont affaibli ou supprimé leurs politiques en matière de climat.

Notre dernière analyse, réalisée avec Navius Research, examine l’incidence de l’accord de mise en œuvre du protocole d’entente Canada-Alberta. Elle révèle que les émissions nationales demeureront obstinément élevées jusqu’au milieu du siècle. Comme l’a déjà souligné 440 mégatonnes, cela s’explique en grande partie par le fait que les changements proposés dans cette entente ne permettront probablement pas de résoudre les problèmes actuels de tarification du carbone industriel, le principal levier politique de réduction des émissions.

Le gouvernement fédéral a pris d’autres engagements qui pourraient contribuer à réduire davantage les émissions. Le premier ministre Carney a promis des mises à jour des normes fédérales en matière de tarification du carbone, de nouvelles réglementations sur les émissions pour atteindre l’équivalent de 75 % des ventes de véhicules électriques d’ici 2035 et de 90 % d’ici 2040, ainsi qu’une une stratégie visant à développer le réseau électrique et à électrifier l’économie. Mais les détails définitifs — et, par conséquent, l’efficacité réelle de ces mesures — restent à déterminer.

Figure 1

Des politiques moins ambitieuses auront du mal à compenser un développement à forte intensité de carbone

Notre analyse révèle un écart important entre la trajectoire des émissions du Canada et les objectifs du pays. Même dans notre scénario optimiste pour la mise en œuvre du protocole d’entente Canada-Alberta, il subsisterait, à l’horizon 2040, un écart de 202 mégatonnes entre les émissions du pays et la trajectoire menant à la carboneutralité. D’ici 2050, cet écart atteindrait 460 mégatonnes.

En d’autres termes, les engagements actuels en matière de climat seraient insuffisants atteindre l’objectif du pays pour 2030, même d’ici 2050.

Les politiques en matière de climat auront également du mal à compenser de nouveaux projets de développement à plus forte intensité de carbone. Le Canada poursuit actuellement, entre autres choses, une augmentation de la production de pétrole et de gaz, de nouvelles installations d’exportation de gaz naturel liquéfié et un recours accru au gaz naturel pour la production d’électricité. Tout cela entraînerait une hausse des émissions du pays.

Notre modélisation la plus récente tient explicitement compte d’un projet important à forte intensité de carbone, un nouvel oléoduc vers la côte ouest capable d’acheminer 1,4 million de barils de pétrole par jour. Nous estimons que ce projet pourrait ajouter environ 20 mégatonnes d’émissions par an. Ces émissions annuleraient largement les réductions annuelles de 6 à 16 mégatonnes que l’Oil Sands Alliance s’est récemment engagée à réaliser.

Les politiques en matière de climat ont permis et continueront de permettre de réduire les émissions du pays. Toutefois, ces politiques sont désormais moins nombreuses et moins ambitieuses, et elles se heurtent à des obstacles de plus en plus importants.

Cette trajectoire des émissions n’est pas inévitable

Le retard pris dans la réduction des émissions n’est pas inévitable. Le Canada peut infléchir à nouveau sa trajectoire d’émissions, tout en poursuivant d’autre objectifs importants liés à la souveraineté et à la diversification économique. Les faits démontrent l’efficacité des politiques en matière de climat: l’abandon progressif du charbon, la réglementation sur le méthane et la tarification du carbone ont permis de réduire les émissions, alors même que les exportations et l’économie du pays progressaient. Si les gouvernements souhaitent favoriser la croissance économique, diversifier les échanges commerciaux et renforcer la souveraineté du Canada, tout en maintenant l’objectif de zéro émission nette à portée de main, ils devront adopter une approche plus équilibrée en matière de politiques.

440 mégatonnes continuera d’effectuer des calculs et de rendre compte des progrès réalisés en matière de climat. Restez à l’affût: nous lancerons cet automne notre Outil de suivi des progrès climatiques, qui surveillera les indicateurs nous permettant de savoir si le Canada avance dans la bonne direction en matière de climat.


Ross Linden-Fraser est directeur par intérim de 440 mégatonnes à L’Institut climatique du Canada. Alison Bailie est associée de recherche principale à L’Institut climatique du Canada. Rick Smith est président de l’Institut climatique du Canada.