Skip to content

Le Canada est en retard sur ses objectifs climatiques, l’avenir dépend de plus en plus de quelques politiques

Des politiques industrielles plus strictes peuvent accélérer les progrès du Canada en matière de climat, mais elles ne suffiront pas à elles seules.

Le Canada est plus éloigné de ses cibles climatiques qu’il ne l’était il y a seulement deux ans. L’évaluation du rapport fédéral sur les progrès du Canada en matière de climat par l’Institut climatique du Canada montre que les politiques fédérales et provinciales ne permettront vraisemblablement d’atteindre qu’environ la moitié des réductions d’émissions nécessaires pour atteindre la cible de 2030.

Cette nouvelle étude montre que, même si des politiques efficaces existent pour réduire les émissions canadiennes, le plan climatique du pays dépend grandement de la collaboration avec les provinces. Ce plan se concentre sur les émissions provenant de deux secteurs (l’industrie et l’électricité) plutôt que d’autres.

L’évaluation indépendante du rapport d’étape par l’Institut indique une voie claire à suivre : moderniser la tarification du carbone industriel, conclure des ententes fédérales et provinciales plus solides, et mieux suivre les résultats, et pas seulement élaborer des politiques.

Le Canada n’est pas en voie d’atteindre ses cibles de réduction des émissions

Le Canada s’est éloigné de ses cibles climatiques, au lieu de s’en rapprocher, notamment en ce qui concerne la carboneutralité (Figure 1). Notre dernière analyse de modélisation avec Navius Research montre que les politiques actuelles et annoncées permettent de réduire les émissions d’environ la moitié des mesures nécessaires pour atteindre l’objectif climatique de 2030. Dans tous les scénarios, seules les versions les plus rigoureuses des politiques annoncées présentent des améliorations substantielles par rapport aux politiques climatiques antérieures du Canada, et même ces améliorations sont loin d’atteindre l’objectif de 2030.

Alors que tous les scénarios sont en deçà de l’objectif, des différences notables existent entre eux. Surtout, il y a des réductions d’émissions supplémentaires substantielles dans les scénarios où les gouvernements fédéral et provinciaux offrent des politiques adaptées à leurs ambitions déclarées, notamment grâce à la modernisation de la tarification du carbone industriel.

Figure 1

La mise en place d’une tarification adéquate du carbone industriel est essentielle à l’obtention de meilleurs résultats

Le gouvernement fédéral a établi des attentes claires quant à l’importance de la tarification du carbone industriel, y compris un engagement pour que ces systèmes atteignent un prix effectif des crédits carbone de 130 $ la tonne. Cet engagement est un pilier fondamental du plan climatique du Canada. Sa réalisation dépend toutefois de la façon dont les systèmes provinciaux transmettent le signal des prix et de la façon dont le gouvernement fédéral applique ses normes minimales en matière de tarification du carbone.

Notre évaluation montre à quel point ces détails sont importants. Dans le rapport d’étape, nous avons modélisé diverses politiques, y compris différents niveaux d’engagement pour atteindre un prix effectif des crédits carbone de 130 $ la tonne d’ici 2030. Le premier scénario, moins contraignant, représente une application modérée des normes fédérales : les provinces s’engagent à atteindre un prix de 130 $ la tonne, mais sans apporter de changements substantiels à leurs systèmes. Le deuxième scénario, plus contraignant, suppose que les systèmes sont réformés et gérés activement, afin d’atteindre un prix effectif des crédits carbone de 130 $ la tonne d’ici 2030.

La différence est substantielle. Comparativement aux politiques actuelles, le scénario le plus rigoureux permet de réduire les émissions environ deux fois plus que le scénario le moins rigoureux (Figure 2). De plus, les réductions d’émissions liées aux systèmes modernisés de tarification du carbone continuent de croître après 2030. La Figure 2 montre également que la plupart des gains proviennent des secteurs industriels, et dans une moindre mesure des autres secteurs de l’économie.

Figure 2

Outre la tarification du carbone, l’ERP-PRÉ fédéral de 2025 comprend d’autres mesures puissantes, notamment de nouvelles réglementations visant à réduire les émissions de méthane provenant du pétrole, du gaz et des sites d’enfouissement. Ces mesures sont fortement axées sur l’industrie et offrent moins de soutien aux consommateurs pour l’adoption de technologies d’énergie propre, comme les rénovations écoénergétiques des logements. Notre évaluation propose des pistes pour que le Canada puisse exploiter pleinement le potentiel de ses politiques climatiques industrielles tout en aidant les consommateurs à opérer une transition vers une énergie plus propre.

La réduction des émissions dépend de politiques fortes et cohérentes, ainsi que d’un soutien accru à l’accessibilité financière

Pour réduire considérablement les émissions, les gouvernements doivent s’assurer que les systèmes industriels de tarification du carbone offrent des prix effectifs des crédits carbone de 130 $ la tonne, améliorent l’harmonisation des politiques climatiques à l’échelle de la fédération et mettent en place des mesures complémentaires qui couvrent les sources d’émissions industrielles et non industrielles. Le rapport de l’Institut formule six recommandations pour atteindre ces objectifs :

  1. Réglementer rigoureusement la tarification du carbone industriel en renforçant les normes minimales fédérales pour les systèmes provinciaux et territoriaux, et en appliquant rapidement le filet de sécurité fédéral lorsque cela s’avère nécessaire.
  2. Réduire les divergences entre les politiques climatiques des différents paliers de gouvernement en maintenant des normes fédérales minimales pour les politiques nouvelles et existantes.
  3. Poursuivre la modernisation et le développement des infrastructures électriques en maintenant les crédits d’impôt fédéraux et le Règlement sur l’électricité propre, et en soutenant la construction de nouvelles infrastructures de transport d’électricité.
  4. Aider les consommateurs à accéder à des « solutions climatiques sûres » en réintroduisant des subventions ciblées pour les technologies propres comme les thermopompes et le transport à faibles émissions de carbone, comme le gouvernement fédéral l’a récemment fait pour les véhicules électriques.
  5. Élaborer des mesures pour réduire les émissions liées à l’agriculture et à l’utilisation des terres, domaines où il existe actuellement peu de politiques concrètes.
  6. Réviser et élargir les indicateurs secondaires de progrès du gouvernement, afin de suivre plus efficacement les progrès du Canada.

À la lumière de ces recommandations, l’Institut prévoit publier des analyses et des indicateurs supplémentaires montrant comment les gouvernements peuvent corriger la situation pour obtenir de meilleurs résultats climatiques et économiques.

Chaque tonne de carbone que le Canada ne rejette pas dans l’atmosphère diminue la probabilité des pires conséquences des changements climatiques. Chaque dollar investi dans les énergies propres plutôt que dans les combustibles fossiles aide le pays à bâtir un avenir plus compétitif et plus résilient. Le tout dernier rapport de l’Institut explique comment le Canada peut progresser davantage vers l’atteinte de ces objectifs et préparer le pays pour de nouveaux gains à l’avenir.


Ross Linden-Fraser est est chargé de recherche à l’Institut climatique du Canada. Dave Sawyer est économiste principal à l’Institut climatique du Canada et chef du projet 440 mégatonnes.