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Bilan de 2025 : Cinq indicateurs de progrès climatique à surveiller

Les technologies et énergies propres continuent de croître, mais les reculs quant aux politiques ont ralenti les progrès du pays.

L’année n’a pas été de tout repos. Juste au chapitre des politiques climatiques, 2025 a été marquée par des changements majeurs.

À l’étranger, l’administration Trump a tout fait pour freiner la transition énergétique, annulant des projets de réduction des émissions, effaçant des lois et des règlements et s’opposant aux efforts multilatéraux de ralentissement des changements climatiques. Pourtant, le déploiement de technologies propres et d’énergie renouvelable s’est poursuivi à bon rythme. En Chine, environ la moitié des véhicules de tourisme qui auront été vendus cette année seront électriques, et le pays – le plus grand producteur de gaz à effet de serre au monde – a fixé sa première cible absolue de réduction des émissions.

Ici, le Canada s’est doté d’un nouveau gouvernement qui a annulé certaines mesures climatiques tout en promettant d’en renforcer d’autres, et ce alors que le pays vivait une saison des feux de forêt au deuxième rang des plus destructrices de son histoire.

Bref, on peut avoir du mal à s’y retrouver. C’est pourquoi, pour marquer la fin de 2025, l’équipe de 440 mégatonnes a passé en revue les analyses qu’elle a publiées et compilé les cinq indicateurs les plus importants des progrès climatiques du Canada cette année.

No 1 : Les progrès du Canada ont stagné, ce qui porte la cible pour 2030 hors d’atteinte 

Le balancier des émissions du Canada a basculé… dans la mauvaise direction. Selon les estimations préliminaires pour l’année, le pays n’a fait aucun progrès dans la réduction de ses émissions entre 2023 et 2024. Et lorsqu’on met en relation ces données avec les reculs provinciaux et fédéraux sur le plan des politiques climatiques cette année et à la trajectoire de l’exploitation des combustibles fossiles, on voit que les cibles du Canada pour 2026 et 2030 sont hors d’atteinte.

Le gouvernement fédéral en a admis autant dans son dernier rapport d’étape. Au début de 2026, nous publierons notre propre évaluation indépendante de ce rapport ainsi que nos recommandations pour la suite des choses.

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No 2 : Le Canada a fait le pari risqué qu’il pourrait perfectionner la tarification du carbone industriel

En 2024, nous avons appris que la tarification du carbone industriel est la politique la plus importante pour la réduction des émissions au Canada. En 2025, nous avons vu pourquoi ces systèmes sont si importants, et à quel point ils ont besoin d’une réforme.

D’un côté, ces systèmes sont essentiels pour protéger la compétitivité de l’industrie et n’ont pratiquement aucun effet sur les consommateurs. De l’autre côté, une conception imparfaite dans certaines provinces a miné ces systèmes et menace autant la réduction des émissions que les investissements.

Le protocole d’accord entre le Canada et l’Alberta accorde une importance démesurée à la tarification du carbone industriel, et éclipse d’autres politiques efficaces comme celles sur le méthane. C’est donc un pari audacieux, dont la réussite dépend d’une mise en œuvre réfléchie et soutenue. L’Institut climatique du Canada et 440 mégatonnes ont publié beaucoup de matériel sur les façons de réparer ces systèmes; d’autres analyses sont à venir en 2026.

Figure 2

No 3 : Le secteur de l’électricité demeure un modèle de réussite

Maintenant, une meilleure nouvelle : 440 mégatonnes a vu le secteur de l’électricité au centre d’au moins trois grandes réussites cette année, bien qu’il ait également créé un précédent inquiétant.

La première : en termes absolus, le secteur est le chef de file au pays sur le plan de la réduction des émissions, en grande partie grâce à l’élimination réussie du charbon en Alberta et en Ontario (même si leur dépendance croissante au gaz pourrait causer des problèmes à l’avenir, surtout si le fédéral assouplit son Règlement sur l’électricité propre).

La deuxième : c’est un même constat au chapitre de l’intensité des émissions grâce à cette élimination du charbon, mais aussi au déploiement accru des énergies renouvelables.

La troisième : les services publics du pays recourent de plus en plus à l’énergie propre; en effet, la part de l’éolien et du solaire dans le réseau devrait doubler dans les prochaines années. Cela fait écho aux progrès sur la scène internationale, où les investissements dans l’électricité propre totalisaient le double de ceux dans les combustibles fossiles.

Cependant, nous avons vu des signes inquiétants, car le protocole d’accord entre le Canada et l’Alberta suggérait que la province serait exemptée du Règlement sur l’électricité propre, menaçant ainsi d’entraîner un nivellement vers le bas des politiques climatiques.

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No 4 : Les thermopompes gagnent toujours du terrain

Autre progrès dans l’électricité : l’essor des thermopompes électriques demeure formidable au Canada. Selon de nouvelles données sur le chauffage résidentiel, cette technologie propre a poursuivi sa croissance rapide et représente maintenant la source de chauffage principale de 9 % du pays – une proportion qui atteint (un impressionnant) 30 à 50 % dans les Maritimes.

L’un des attraits de cette technologie, c’est le fait que les prix de l’électricité sont (en règle générale) relativement stables, ce qui protège les consommateurs contre la volatilité des coûts des combustibles fossiles – surtout ceux, déjà élevés, du mazout de chauffage.

Figure 4

No 5 : Le pays a réussi à réduire ses émissions de méthane

Le Canada est encore en voie d’atteindre son objectif de réduction des émissions de méthane de 40 à 45 % sous les niveaux de 2012 d’ici 2025. C’est une réussite pour les politiques climatiques et pour la coopération entre le fédéral et le provincial, comme l’objectif d’émissions de méthane a été atteint grâce à des règlements locaux appuyés par des normes fédérales minimales.

L’année termine par une victoire pour la politique climatique : la finalisation d’un règlement renforcé sur les émissions de méthane dans le secteur pétrogazier. Cependant, le protocole d’accord entre le Canada et l’Alberta ne précise pas clairement comment le règlement s’appliquera dans cette province.

Figure 5

À venir en 2026

Le progrès est rarement linéaire, et les nouvelles climatiques de cette année comportent certainement des hauts et des bas. Des technologies sont en déploiement, le secteur de l’électricité réduit ses émissions, et le méthane est en cours d’élimination. Par contre, on élimine aussi des politiques, et les émissions semblent amorcer un mauvais virage. Le Canada n’atteindra pas ses cibles à long terme si les politiques climatiques et les mesures de responsabilisation continuent de s’effriter.

En 2026, 440 mégatonnes restera à l’affût des signes et des tendances dans les politiques climatiques, et prévoit concevoir de nouveaux outils de suivi des progrès du Canada. C’est donc à surveiller dans la nouvelle année!


Ross Linden-Fraser est chargé de recherche à l’Institut climatique du Canada. Dave Sawyer est économiste principal et chef de 440 mégatonnes à l’Institut climatique du Canada. Alison Bailie et Arthur Zhang sont associés de recherche principaux à l’Institut climatique du Canada.