Le stockage par batterie à l’échelle du réseau est en pleine expansion, offrant des coûts réduits, une plus grande flexibilité et une réduction des émissions.
Grands constats
- Le coût des batteries à l’échelle du réseau diminue, favorisant ainsi une multiplication des installations à l’échelle mondiale et au Canada.
- À l’aide de batteries, il est possible de stocker l’énergie éolienne et solaire propre qui serait autrement perdue, réduisant ainsi à la fois les coûts pour les clients et les émissions.
- La part des énergies renouvelables stockables en vue d’une utilisation ultérieure augmente au Canada, mais les progrès varient d’une région à l’autre : l’Ontario est en tête, tandis que les provinces où l’hydroélectricité domine voient moins d’avantages à installer de nouveaux systèmes de stockage par batterie.
Quoi de neuf?
Le coût des batteries à l’échelle du réseau diminue rapidement. En moyenne, le coût des batteries installées a baissé d’environ 20 % par an dans la dernière décennie. Cette baisse des coûts a permis aux installations annuelles de batteries d’augmenter de 80 % par an à travers le monde. Le Canada commence à suivre ces tendances mondiales, les services publics se tournant vers les batteries pour renforcer la flexibilité du réseau, c’est-à-dire sa capacité à s’adapter en temps réel aux fluctuations de l’offre et de la demande d’électricité.
Les batteries peuvent rapidement s’adapter aux variations des conditions, en fournissant davantage d’électricité quand la demande est plus forte et en absorbant ou en stockant l’excédent d’énergie quand elle diminue. Elles se combinent particulièrement bien avec l’énergie éolienne et solaire en compensant la production intermittente de ces dernières et renforçant la flexibilité du réseau, ce qui permet à celui-ci de disposer d’une énergie propre même quand il n’y a pas de vent ou quand le soleil ne brille pas.
L’analyse de la semaine porte sur les progrès réalisés par le Canada en matière de déploiement des batteries, un indicateur de la transition vers des réseaux électriques plus vastes, plus propres et plus intelligents.
La capacité de stockage par batterie au Canada a fortement augmenté dans la dernière décennie
Pour suivre le déploiement de l’énergie renouvelable et des batteries, nous avons utilisé les données du rapport annuel de l’Association canadienne de l’énergie renouvelable. Celles-ci incluent les systèmes de stockage d’énergie par batterie (SSEB). Bien que d’autres technologies de stockage d’énergie existent à grande échelle, comme le stockage par pompage hydraulique, celles-ci ne sont pas prises en compte dans notre analyse.
Bien qu’encore modeste, la capacité de stockage par batterie commence à prendre de l’ampleur : le Canada a dépassé les 900 mégawatts (MW) de capacité en 2025 (figure 1). À noter que le nombre de projets de stockage par batterie mis en service est en hausse et que ces installations permettent de stocker l’électricité plus longtemps.
La capacité d’une batterie est généralement décrite en mégawatts, tandis que les mégawattheures (MWh) permettent de mesurer la quantité totale et la durée d’énergie pouvant être stockée. Une durée en MWh plus longue signifie que l’électricité peut être réinjectée dans le réseau pendant plus longtemps. Entre 2016 et 2025, la capacité moyenne des systèmes de stockage par batterie installés a été multipliée par plus de 12, passant de 2,5 MWh à plus de 31 MWh en 2025.
Cependant, sans un développement suffisant des capacités de stockage, les énergies renouvelables s’accompagnent d’un risque de gaspillage de l’électricité propre et des économies et réductions d’émissions qui en découlent, lorsque l’offre d’électricité dépasse la demande sur le réseau, un problème qu’on appelle le « bridage ».
Figure 1
Le stockage par batterie permet la mise en place de réseaux électriques plus modernes et plus flexibles au Canada
Les batteries permettent d’utiliser l’énergie renouvelable stockée lors des pointes de demande, ce qui contribue à accroître la part des énergies renouvelables dans la production totale d’électricité. De plus, la baisse du coût des batteries offre aux services publics un moyen plus propre et moins coûteux de répondre aux pointes de demande que les énergies fossiles. Les batteries ne sont pas le seul moyen d’apporter de la flexibilité au réseau électrique, mais à mesure que leurs prix baissent, elles constituent une solution à prix concurrentiel.
Une façon d’évaluer la flexibilité offerte par les batteries consiste à comparer leur capacité totale à la quantité d’énergie renouvelable théoriquement disponible sur le réseau. Un ratio plus élevé signifie qu’une plus grande part d’énergie renouvelable peut être stockée en vue d’une utilisation ultérieure (figure 2). En tant qu’indicateur de la transition vers l’énergie propre, ce ratio devrait augmenter afin de suivre le rythme du déploiement des énergies renouvelables. L’augmentation de la capacité de production d’énergie renouvelable sans augmenter celle de stockage par batterie entraînera une baisse de ce ratio.
Figure 2
Les services publics commencent à déployer des projets de stockage par batterie. C’est en Ontario qu’on voit les plus importantes installations de stockage par batterie, qui apportent une précieuse flexibilité à sa production énergétique largement dominée par le nucléaire. Le projet de stockage d’énergie d’Oneida, en Ontario, a permis de déployer en 2025 une capacité de stockage de 250 MW pouvant être conservée jusqu’à 4 heures, ajoutant ainsi 1 000 MWh au réseau. Il s’agit du plus grand projet de la sorte au Canada. Une part du projet est détenue par des autochtones, et celui-ci s’inscrit dans le plan provincial visant à ajouter près de 3 000 MW de capacité de stockage d’ici 2028. Oneida a fait passer le ratio moyen national entre la durée des batteries et la capacité de production d’énergie renouvelable de 9 % en 2024 à 25 % en 2025, et d’environ 11 % à près de 55 % pour l’Ontario au cours de la même période.
Le Nouveau-Brunswick illustre bien une tendance observée à travers le pays : on se concentre sur le renouvelable, mais en négligeant le déploiement des batteries. Les batteries du Nouveau-Brunswick peuvent actuellement contribuer à reporter près de 11 % de la capacité du renouvelable aux heures plus tardives de la journée, mais la province n’a pas de nouveaux projets liés aux batteries prévus avant 2030. Cela signifie qu’entre temps, avec la mise en service prévue de nouveaux projets éoliens, la part de la capacité des énergies renouvelables à décalage diminuera.
Toutefois, ce ne sont pas toutes les provinces qui se concentrent sur les batteries. Certaines n’ont aucun projet de stockage par batterie. Puisque l’hydroélectricité peut également offrir une certaine flexibilité, les provinces fortement axées sur l’hydroélectricité comme la Colombie-Britannique, le Québec et le Manitoba auront probablement moins besoin de SSEB, comme le stockage par pompage hydraulique offre déjà une certaine capacité de stockage. En 2016, la Colombie-Britannique affichait la plus grande part d’énergies renouvelables à décalage du pays, ce qui démontre l’avantage des SSEB même pour les provinces fortement axées sur l’hydroélectricité. Bien que la part des SSEB par rapport à l’éolien et au solaire y ait diminué (en raison de l’augmentation des capacités éoliennes et solaires sans augmentation proportionnelle des capacités de stockage par batterie), leur réseau reste l’un des plus flexibles en Amérique du Nord.
Le secteur du stockage par batterie au Canada a besoin d’un coup de main
Le développement des batteries doit être considérablement intensifié afin de rendre les réseaux électriques canadiens plus flexibles, plus efficaces et mieux à même d’intégrer davantage d’énergie renouvelable abordable. Les batteries permettent d’y parvenir à moindre coût que les solutions utilisant des combustibles fossiles. De plus, les batteries peuvent améliorer la fiabilité du réseau et aider à en gérer la congestion, offrant ainsi des avantages même dans les provinces où la production hydroélectrique offre déjà une flexibilité.
Les mesures incitatives fédérales existantes, telles que les crédits d’impôt à l’investissement, le Programme des énergies renouvelables intelligentes et de trajectoires d’électrification et le financement de la Banque de l’infrastructure du Canada, contribuent au déploiement des batteries. L’augmentation récente de la capacité des batteries n’est cependant qu’un début. Un réseau électrique moderne et propre est aussi un réseau plus flexible. Il faut simplement s’assurer de pouvoir exploiter davantage le potentiel des batteries à l’échelle du réseau.
Lisa Alers-Hankey est associée de recherche à l’Institut climatique du Canada.